Leonardo DiCaprio a lâché une petite phrase qui fait l’effet d’un projecteur qui grésille dans une salle presque vide. Dans une industrie obsédée par les courbes et les algorithmes, l’acteur pose une question très simple, mais terriblement actuelle : est-ce que le public a encore envie de sortir de chez lui pour un écran plus grand que son salon ? Le cinéma en salle est-il en train de basculer vers un plaisir de niche ?
- Le cinéma en salles est en déclin et devient un hobby de passionnés.
- Les fréquentations ont chuté depuis la pandémie, mais restent présentes dans certaines régions.
- Le marché se transforme, avec une réduction des films en salles et une forte dépendance au streaming.
- Leonardo DiCaprio exprime ses inquiétudes sur l’avenir du cinéma et espère encore des innovations.
Le cinéma en salles est en train de devenir un hobby de passionnés
Et si aller au cinéma devenait un rituel marginal, réservé à quelques irréductibles ? Leonardo DiCaprio s’inquiète sérieusement de l’avenir des salles obscures. Dans un entretien accordé au Times of London, l’acteur de Titanic s’interroge frontalement sur l’état réel du désir de cinéma, pas celui des déclarations de studio. « Est-ce que les gens ont encore l’appétit pour les salles ? », se demande-t-il, avant de lâcher une image aussi frappante que mélancolique : « Est-ce que les cinémas vont devenir des silos… comme les clubs de jazz ? ».
La comparaison n’est pas juste une punchline pour faire le tour des réseaux. Le jazz, autrefois musique populaire, s’est retrouvé cantonné à quelques lieux spécialisés, fréquentés par des passionnés qui savent exactement ce qu’ils viennent chercher, et qui acceptent que le reste du monde passe à autre chose. DiCaprio, lui, redoute ce glissement pour la salle de cinéma : un art encore central dans les discours, mais de plus en plus périphérique dans les habitudes.
Ce qui est glaçant, c’est que l’acteur ne parle pas comme un nostalgique qui regrette « le bon vieux temps », il parle comme quelqu’un qui voit l’écosystème se reconfigurer en direct. Et quand une star de ce calibre commence à se demander si le grand écran va finir en « club privé », ce n’est pas qu’une humeur du dimanche, c’est un symptôme.
D’ailleurs, selon lui, le basculement n’est même plus une hypothèse :
Tout change à une vitesse fulgurante. Nous assistons à une transition énorme. D’abord, les documentaires ont disparu des cinémas. Aujourd’hui, les drames n’y restent que très peu de temps, et les gens préfèrent attendre leur sortie en streaming. Je ne sais pas où tout cela nous mène.
Là où ça pique, c’est que DiCaprio décrit un mécanisme que tout le monde constate, même sans être analyste : la salle se spécialise. Elle garde les gros événements, les franchises, les films qui « se vendent » comme une sortie, pendant que le reste devient un contenu parmi d’autres, programmé pour finir tôt ou tard sur une plateforme.
Et ce n’est pas seulement une histoire de confort du canapé : c’est aussi une histoire de fenêtres d’exploitation qui se raccourcissent (et qui pourraient encore se raccourcir si Netflix achète Warner Bros.), de communication pensée d’abord pour le streaming, et de publics qui ont appris, presque malgré eux, à attendre.
La fréquentation des salles de cinéma est en baisse mais pas en chute libre
Ce discours n’arrive pas dans le vide : les chiffres montrent que la fréquentation post-Covid n’a pas retrouvé partout sa vitesse de croisière.
En France, le CNC rappelle qu’on reste sur un marché solide à l’échelle mondiale, mais pas indemne : 181,3 millions d’entrées en 2024, puis 156,79 millions en 2025, soit un recul net d’une année à l’autre.
Si on rembobine jusqu’avant la pandémie, le contraste est encore plus parlant : 213,3 millions d’entrées en 2019, puis la chute brutale de 65,1 millions en 2020, avant la remontée progressive : 96 millions en 2021, 152 millions en 2022, 181 millions en 2023, puis le plateau de 2024 avant le décrochage de 2025.
Aux États-Unis et au Canada, l’évolution est encore plus violente quand on regarde les tickets vendus : on passe d’environ 1,23 milliard de tickets en 2019 à 231,6 millions en 2020, puis 444,0 millions en 2021, 702,1 millions en 2022, 827,9 millions en 2023, et 760,8 millions en 2024.
Tableau de synthèse des entrées cinéma France et USA depuis le Covid
| Année | France (entrées, millions) | États-Unis/Canada (tickets vendus, millions) |
|---|---|---|
| 2019 | 213,3 | 1 229,7 |
| 2020 | 65,1 | 231,6 |
| 2021 | 96,0 | 444,0 |
| 2022 | 152,0 | 702,1 |
| 2023 | 181,0 | 827,9 |
| 2024 | 181,3 | 760,8 |
| 2025 | 156,79 | ~764 |
Autrement dit, même quand ça remonte, la pente n’efface pas totalement le trou. Et c’est là que la métaphore des “clubs de jazz” devient moins poétique et plus inquiétante : la salle tient bon, mais elle ne redevient pas automatiquement la norme. Elle doit se battre film par film, week-end par week-end, et elle dépend de plus en plus d’un calendrier “événementiel” pour faire masse.
Malgré tout, DiCaprio refuse de baisser les bras, et c’est peut-être ça le plus intéressant :
J’espère simplement qu’il y aura encore suffisamment de véritables visionnaires à qui l’on donnera l’opportunité de faire des choses uniques, visibles en salle, mais cela reste à prouver…

















