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Vos conversations avec ChatGPT, Claude et Gemini ne sont pas du tout privées

Vos conversations avec ChatGPT, Claude et Gemini ne sont pas du tout privées

Chaque jour, des millions de personnes confient à des assistants IA des informations qu’elles ne partagent avec presque personne d’autre : des symptômes médicaux, des difficultés professionnelles, des doutes personnels, des projets confidentiels. La question de ce qui advient réellement de ces échanges mérite une réponse claire, et elle est moins rassurante qu’on pourrait l’espérer.

  • Les conversations avec ChatGPT, Claude et Gemini ne sont pas privées. Elles transitent sur des serveurs accessibles à leurs entreprises.
  • Des humains peuvent lire certains échanges, même si une partie est automatisée. Les données peuvent être conservées plusieurs années.
  • Les lois américaines permettent aux autorités d’accéder à vos données sur demande légale. Supprimer l’historique ne garantit pas leur effacement complet.
  • Pour garantir la confidentialité, utilisez des modèles open source en local ou dans un cloud européen sécurisé.

Les ChatBots IA ne proposent pas de chiffrement de bout en bout

Contrairement à une messagerie comme Signal, les conversations avec ChatGPT, Claude ou Gemini ne bénéficient d’aucun chiffrement de bout en bout. Les échanges transitent et sont stockés sur les serveurs d’OpenAI, d’Anthropic et de Google, accessibles à leurs équipes dans des conditions définies par leurs politiques internes respectives. Ces conditions varient selon les plateformes, mais elles prévoient toutes une forme de surveillance automatisée et, dans certains cas, également humaine.

Des humains lisent (parfois) vos messages

OpenAI le précise dans sa politique de transparence : la modération repose sur une combinaison de technologies automatisées et de révision humaine. Des classifieurs, des modèles de raisonnement et des listes de blocage analysent en continu les échanges. Lorsqu’un contenu est signalé, une équipe peut intervenir directement. Pour les comptes grand public, des employés ou prestataires autorisés peuvent consulter des extraits de conversations à des fins d’annotation, les identifiants directs étant supprimés au préalable sans que cela garantisse une anonymisation parfaite.

Du côté de Google, la politique de Gemini est particulièrement explicite : des équipes de réviseurs humains spécialement formés lisent et annotent des conversations pour évaluer la qualité des réponses. Ces échanges, une fois examinés, peuvent être conservés jusqu’à trois ans, même si l’utilisateur a supprimé son historique. Google recommande d’ailleurs lui-même : » Ne saisissez rien que vous ne voudriez pas qu’un réviseur humain voie. »

Anthropic adopte une position plus restrictive : ses employés ne peuvent accéder aux conversations qu’avec le consentement de l’utilisateur, lorsqu’un contenu est signalé pour violation de sécurité, ou en cas d’obligation légale. Mais cette restriction comporte elle aussi une zone d’ombre : désactiver l’entraînement du modèle ou effacer son historique ne suffit pas à échapper à une analyse de sécurité si une conversation est jugée problématique. Les échanges concernés peuvent alors être conservés jusqu’à deux ans.

Les autorités américaines peuvent demander l’accès à vos conversations à tout moment

Au-delà des pratiques internes des entreprises, le cadre juridique américain crée une exposition supplémentaire pour tous les utilisateurs, y compris européens. Deux lois fédérales sont particulièrement en cause.

Le USA PATRIOT Act, adopté après les attentats du 11 septembre 2001 et rendu permanent en 2005, permet aux agences fédérales américaines, FBI, CIA, NSA, d’obtenir des données détenues par des entreprises opérant sur le sol américain dans le cadre d’enquêtes liées à la sécurité nationale. Ces demandes peuvent être assorties d’obligations de silence, interdisant à l’entreprise d’informer l’utilisateur concerné.

Le CLOUD Act de 2018 est allé plus loin en étendant explicitement cette portée aux données stockées à l’étranger. Une entreprise américaine hébergeant vos données sur des serveurs européens reste légalement tenue de les communiquer aux autorités américaines sur présentation d’une demande valide. Un rapport juridique commandé par le ministère allemand de l’Intérieur, rendu public en décembre 2025, a confirmé que cette extraterritorialité s’applique pleinement aux filiales locales de groupes américains, une conclusion qui n’a rien de rassurant pour les utilisateurs européens d’OpenAI, Google ou Anthropic.

En pratique, les trois entreprises indiquent qu’elles évaluent la validité légale de chaque demande et peuvent en rejeter certaines jugées trop vagues ou trop larges. Anthropic s’engage également à notifier les utilisateurs concernés, sauf interdiction légale. Son premier rapport de transparence publié en 2024 révèle qu’entre janvier et juin de cette année, l’entreprise a reçu une seule demande de données non-contenu portant sur 228 comptes, sans qu’aucune conversation n’ait été communiquée. Ces chiffres témoignent d’une réalité encore limitée, mais ils ne préjugent pas de l’avenir.

Supprimer votre historique ne suffit pas

C’est l’un des points les plus souvent mal compris. Désactiver l’entraînement du modèle dans les paramètres d’un compte grand public ne revient pas à effacer toute trace de ses échanges. Les plateformes maintiennent des journaux d’activité à des fins de sécurité, de lutte contre les abus et de conformité légale, avec des durées de rétention qui varient selon les cas et les incidents détectés.

  • Chez Google, les conversations ayant fait l’objet d’une révision humaine persistent trois ans après leur suppression par l’utilisateur
  • Chez Anthropic, les échanges signalés restent accessibles pendant deux ans
  • Chez OpenAI, même en mode « Temporary Chat », certaines données peuvent subsister pour des raisons de sécurité

Les versions professionnelles offrent un peu plus de garanties, mais pas l’immunité

Les offres enterprise et business des trois acteurs prévoient des protections renforcées :

  • ChatGPT Enterprise exclut les données des processus d’entraînement par défaut et limite les accès humains aux situations d’incident
  • Google Workspace interdit à Gemini d’utiliser les conversations professionnelles pour entraîner ses modèles sans autorisation explicite de l’organisation
  • Anthropic propose des conditions contractuelles spécifiques pour ses clients API et entreprise

Ces garanties sont réelles, mais elles ne couvrent pas les obligations légales américaines. Une demande valide des autorités s’impose aux entreprises quelle que soit la nature du contrat, sauf en cas de contestation judiciaire, qui peut prendre des années.

L’intégration aux outils du quotidien change la donne

Le risque ne se limite plus aux conversations directes avec un assistant IA.

  • Gemini peut désormais accéder à Gmail, Google Drive, Google Calendar et Google Maps. Microsoft Copilot est intégré à Microsoft 365
  • ChatGPT et Claude peuvent être connecté à des services tiers via des connecteurs MCP

Ces intégrations démultiplient la surface d’exposition : une question posée à un assistant peut mobiliser des données issues d’emails, de documents ou d’agendas professionnels, avec les mêmes politiques de confidentialité que celles décrites plus haut.

Dans ce contexte, le choix du bon niveau d’abonnement et la lecture attentive des conditions d’utilisation ne sont plus optionnels.

Pour les professionnels manipulant des données sensibles, données de santé, informations juridiques, secrets industriels, la question n’est plus seulement technique, elle est devenue stratégique.

Que pouvez-vous faire concrètement pour protéger vos conversations ?

Il n’est pas possible de protéger la confidentialité de vos conversations si vous utilisez des services en ligne en particulier américains, mais il existe des options pour « limiter la casse » :

  • Utilisez des versions enterprise ou API de ces outils si vous traitez des données sensibles, et vérifier l’existence d’un Data Processing Agreement conforme au RGPD
  • Désactivez la sauvegarde de l’activité dans les paramètres de votre compte (Gemini Apps Activity, historique ChatGPT, historique Claude), cela ne garantit pas l’absence de rétention, mais réduit l’exposition
  • Ne saisissez pas dans un assistant IA grand public des informations sensibles soumises à une obligation de confidentialité professionnelle ou légale

Comme vous l’avez compris, ce « solutions » restent donc très limitées…

Il existe 2 solutions pour garantir la confidentialité de vos échanges avec les IA

En fait si vous voulez continuer d’utiliser l’IA tout en préservant la confidentialité de vos échanges il n’existe qu’une seule et unique solution : utiliser des modèles open sources pouvant tourner localement sur une machine chez vous ou éventuellement dans un cloud non managé par une société américaine, qui ne transmettra aucune donnée à un serveur distant.

Concernant les solutions dans le cloud, il existe aujourd’hui plusieurs alternatives européennes à Hugging Face ou OpenRouter.

Toutes ne répondent pas exactement au même besoin :

  • des solutions comme Scaleway, OVHcloud ou Mistral AI, permettent de tester rapidement des modèles d’IA sans gérer soi-même l’infrastructure
  • d’autres solutions s’adressent davantage aux projets techniques ou sensibles comme Exoscale, Gcore, Nebius ou Outscale avec plus de contrôle sur l’hébergement, les GPU et le choix des modèles, mais aussi plus de configuration

Le bon choix dépend donc du niveau de souveraineté recherché.

  • Pour un usage simple, comme la génération de contenus, l’automatisation éditoriale ou des appels API réguliers, Scaleway Generative APIs, OVHcloud AI Endpoints et Mistral AI La Plateforme sont les options les plus accessibles
  • Pour un projet plus exigeant, avec des contraintes fortes sur l’hébergement européen ou le contrôle technique, il faudra plutôt regarder du côté des offres d’inférence dédiée ou de cloud GPU européen
Solution Pays Positionnement À retenir
Scaleway Generative APIs France API IA européenne clé en main Meilleur choix simple pour modèles open source/open weights hébergés en Europe
OVHcloud AI Endpoints France API IA et cloud souverain Très bon choix pro si tu veux rester sur une infrastructure française
Mistral AI La Plateforme France API de modèles IA performants Excellent niveau de qualité, mais tous les modèles ne sont pas open source
Exoscale Dedicated Inference Suisse / Europe Inférence dédiée Plus adapté si tu veux contrôler le modèle et l’environnement
Aleph Alpha Allemagne IA entreprise Sérieux pour usage corporate, moins orienté open source grand public
IONOS AI Model Hub Allemagne Plateforme IA européenne Alternative intéressante pour entreprises déjà dans l’écosystème IONOS
Gcore AI Infrastructure Luxembourg GPU et infrastructure IA Puissant, mais plus technique qu’une API type OpenRouter
Nebius AI Cloud Pays-Bas Cloud GPU / IA Intéressant pour gros volumes ou déploiements dédiés
Clever Cloud + modèle self-hosted France Hébergement applicatif Possible pour un montage maison, mais pas équivalent direct à OpenRouter
Outscale / Dassault Systèmes France Cloud souverain entreprise Très souverain, mais plutôt réservé aux projets structurés ou sensibles

Reprenez le contrôle de votre vie privée face aux IA

Les assistants IA sont devenus des outils de travail quotidiens pour des dizaines de millions de personnes et cela va encore s’accélérer avec l’essor de l’agentique. Leur modèle économique, leur architecture technique et le droit américain font qu’ils ne peuvent pas être traités comme des espaces privés et vous devez impérativement en prendre conscience surtout dans un cadre professionnel.

Ce n’est pas une raison de ne pas les utiliser, c’est une raison de savoir précisément ce qu’on leur confie et d’envisager des solutions alternatives aux offres grand public … si vous en avez les moyens financiers.

Ingénieur ENSAM Paristech et diplômé du MBA de l'ESSEC, Fabien est journaliste Tech & Pop Culture mais aussi Consultant IA et Marketing.