Le cœur artificiel Aeson, conçu par l’entreprise française Carmat, a livré début septembre les résultats de son étude clinique en France, et ils sont positifs. Mais l’idée d’un cœur « sans donneur » va plus vite que la réalité : en Europe, Aeson sert encore de pont avant la greffe.
Aeson est un cœur artificiel total : il remplace les deux ventricules d’un cœur malade chez des patients en insuffisance cardiaque terminale. Carmat le décrit comme pulsatile (il bat, comme un cœur naturel) et auto-régulé. Tout n’est pas interne : la prothèse est reliée par un câble qui traverse la peau à un contrôleur et à des batteries, rangés dans un sac que le patient emporte avec lui, d’après la fiche produit de Carmat.
Cœur artificiel Aeson : un pont vers la greffe, pas un cœur définitif
Dans l’Union européenne, Aeson porte le marquage CE pour une seule indication : le « pont à la transplantation », une solution temporaire pour tenir en attendant un greffon. Aux États-Unis, il n’est disponible que dans le cadre d’un essai clinique. Carmat veut en faire à terme un traitement définitif, rappelle L’Usine Nouvelle, mais ce n’est pas encore le cas. Aeson aide donc à patienter avant une greffe, il ne la remplace pas.
Étude EFICAS : 72,7 % des 55 patients atteignent le critère à 180 jours
L’étude EFICAS a suivi 55 patients dans 10 centres hospitaliers français, implantés entre décembre 2022 et mai 2025. Le critère à atteindre : survivre 180 jours, avec Aeson ou après une greffe, sans AVC invalidant ni dysfonctionnement obligeant à une réintervention, à un remplacement du cœur ou à une transplantation en urgence. Selon le communiqué de Carmat du 1er septembre 2026, il est atteint chez 40 patients sur 55, soit 72,7 %, un résultat que l’entreprise situe nettement au-dessus d’un repère historique de 38 %.
À 180 jours, toujours selon Carmat, 96 % des patients n’avaient pas eu d’AVC invalidant, 76 % avaient quitté l’hôpital et 92 % des survivants ne ressentaient aucune limitation, ou une limitation légère, dans leur activité habituelle. La durée médiane d’hospitalisation est de 54 jours : le Pr André Vincentelli (CHU de Lille) a présenté les résultats le 31 août au congrès de la Société européenne de cardiologie, à Munich, et ils ont été publiés dans l’European Heart Journal. Au total, 122 patients ont reçu un Aeson dans le monde, précise le communiqué.
Le critère s’arrête à 180 jours : ces résultats ne disent pas combien de temps un patient peut vivre avec ce cœur.
Carmat reprise en décembre 2025 : la production d’Aeson repart
L’entreprise a annoncé sa cessation de paiements le 30 juin 2025, puis a été placée en redressement judiciaire. Le 1er décembre 2025, le tribunal de Versailles a retenu l’offre de reprise portée par Pierre Bastid, président du conseil d’administration, d’après Carmat. L’activité continue dans une nouvelle société, Carmat SAS, avec 88 salariés repris sur 127. Carmat SA, la société cotée en Bourse, a été placée en liquidation judiciaire en janvier 2026. Dix mois après la reprise, Carmat a relancé la production à Bois-d’Arcy (Yvelines) et cherche des investisseurs, rapporte L’Usine Nouvelle.
Le parcours n’a pas été linéaire, des problèmes de qualité sur les prothèses avaient entraîné une suspension des implantations entre fin 2021 et octobre 2022, après des dysfonctionnements ayant coûté la vie à deux patients.
Prix du cœur Aeson : plus de 150 000 € l’opération en 2021
Pour la première vente commerciale en Italie, en 2021, le coût de l’opération dépassait 150 000 euros, pris en charge par le système de santé régional, selon l’AFP. Il s’agit du coût de l’opération, pas du prix du dispositif seul. En France, l’État a financé en partie l’étude EFICAS, à hauteur de 13 millions d’euros pour 52 implantations, via le « forfait innovation », précisait Carmat en mai 2025. Le communiqué de septembre 2026 parle d’un appui au processus de remboursement en France, sans rapporter de décision.
À suivre, donc : la décision sur le remboursement, que Carmat espère après ces résultats, et la recherche d’investisseurs lancée après la reprise.

