Une caméra dans la corne, un moniteur cardiaque sous la peau et un GPS : l’organisation britannique Protect a présenté en 2015 RAPID, un système conçu pour alerter les gardes quand un rhinocéros est attaqué par des braconniers. Le projet a fait le tour des médias, mais les comptes rendus disponibles s’arrêtent aux essais.
RAPID, le système de Protect, relie un rhinocéros à un centre de contrôle
Ce n’est pas une nouveauté de 2026 : RAPID (Real-time Anti Poaching Intelligence Device) a été présenté en juillet 2015. Le biologiste Paul O’Donoghue, de l’université de Chester, développe le système avec Protect, que dirige Steve Piper, et le projet a été testé d’abord sur des rhinocéros noirs en Afrique du Sud. Il bénéficiait du soutien du comédien Ricky Gervais, d’après ITV.
Le principe tient en trois pièces : une caméra logée dans la corne, un moniteur cardiaque implanté sous la peau et un traceur GPS, en collier ou en balise. Si le rythme cardiaque de l’animal s’emballe brusquement, ou si les images montrent des braconniers, un centre de contrôle est alerté et envoie des gardes en hélicoptère ou en camion jusqu’à la position GPS, indique Smithsonian. Les gardes arrivent en quelques minutes, et Paul O’Donoghue résumait ainsi l’idée à ITV : on ne distance pas un hélicoptère.
Les comptes rendus de l’époque décrivent des tests, pas un équipement général : fin novembre 2015, le projet était passé des essais de faisabilité à des tests de terrain à petite échelle, dans des lieux tenus secrets, selon l’Irish Times. La suite dépendait des performances des composants et du financement : aucune des sources consultées ne parle d’un équipement systématique des animaux, contrairement à ce que laisse entendre l’idée d’équiper chaque rhinocéros. Le récit a pourtant circulé partout en juillet 2015, de Digital Trends à Smithsonian en passant par ITV.
Rhinocéros et RAPID : des spécialistes jugent l’alerte tardive et la caméra fragile
Dès l’été 2015, des acteurs de la protection des rhinocéros se montraient prudents face à l’enthousiasme du public. Henrik Rasmussen, de Savannah Tracking, redoute qu’une lentille sale ou rayée rende les images inutilisables, et s’inquiète de la batterie. Raoul du Toit, du Lowveld Rhino Trust, s’attend à ce que la caméra ne tienne que de quelques heures à quelques semaines sur un animal.
Le même article relève une limite plus gênante : l’alerte ne part qu’une fois l’animal en détresse, donc quand l’attaque a déjà commencé. Les braconniers peuvent retirer les cornes et repartir en quelques minutes, alors que les gardes mettent souvent bien plus longtemps à arriver, faute d’hélicoptères.
L’écologue Jason Gilchrist (Edinburgh Napier University) ajoute deux réserves dans une tribune relayée par le Forum économique mondial : annoncer quels rhinocéros portent le dispositif pourrait détourner les braconniers vers ceux qui n’en ont pas, et équiper tous les animaux coûterait cher, sans payeur désigné.
Pour l’instant, aucun des comptes rendus consultés ne dit si RAPID a quitté les réserves d’essai, ni combien d’animaux le portent. Tant qu’une source récente ne le confirme pas, mieux vaut lire RAPID comme une preuve de concept prometteuse, et non comme un bouclier déjà posé sur les rhinocéros d’Afrique du Sud.
