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Le point sur le Rachat de SFR en 2026

L’opérateur SFR est en grave difficulté financière : entre offre rejetée, créanciers aux aguets et fonds d’investissement qui rôdent, le quatrième opérateur français risque bien changer de mains en 2025. Décryptage d’un dossier qui pourrait redessiner le paysage des télécoms en France.

  • SFR est fortement endetté et en restructuration depuis 2024, avec une dette ramenée à 15,5 milliards d'euros.
  • En 2025, Orange, Bouygues et Free proposent de racheter SFR pour 17 milliards, mais l'offre est rejetée.
  • D'autres fonds d'investissement envisagent une vente par actifs ou à la découpe.
  • Le gouvernement surveille attentivement le dossier pour préserver la concurrence et les intérêts nationaux.

SFR est endetté à hauteur de 15 milliards

Tout part d’une montagne de dettes. En 2014, Patrick Drahi avait racheté SFR via un montage financier agressif, un LBO classique dans l’univers des télécoms, mais qui s’est vite transformé en boulet. Résultat : Altice France, maison mère de SFR, s’est retrouvée avec une dette qui flirtait avec les 24 milliards d’euros. Dans un contexte de hausse des taux d’intérêt et de guerre des prix sur le mobile et la fibre, la situation est vite devenue intenable.


En 2025, le groupe est passé par une restructuration financière majeure, validée par la justice et la dette a été ramenée à environ 15,5 milliards d’euros, mais au prix d’un sacrifice : près de 45% du capital est passé entre les mains de créanciers. Un soulagement, certes, mais qui a ouvert surtout la porte à une vente ou à un dépeçage progressif de l’opérateur.

Orange Bouygues et Free mettent 17 milliards sur la table… mais ça ne passe pas

Le 14 octobre 2025, coup de théâtre : Orange, Bouygues Telecom et Free ont déposé ensemble une offre de rachat à 17 milliards d’euros. Une alliance inédite entre trois concurrents historiques, qui se répartiraient les actifs de SFR comme un gâteau :

  • Bouygues prendrait environ 43% des actifs
  • Free 30%
  • et Orange 27%

L’idée ? Réduire le marché français à trois opérateurs au lieu de quatre, avec des synergies à la clé… et probablement moins de concurrence.

Mais Altice France a dit non. Trop bas a estimé le PDG Arthur Dreyfuss. L’offre ne correspondait pas aux attentes du groupe ni de ses créanciers, désormais décideurs de premier plan. Les trois opérateurs, eux, n’ont rien lâché et maintiennent leur proposition, convaincus de la pertinence de leur projet industriel.

Des fonds d’investissement entrent dans la danse

Pendant ce temps, d’autres prétendants ont débarqué : des fonds d’infrastructure, américains et français, auraient déposé au moins quatre offres concurrentes. Objectif : racheter SFR en entier ou par morceaux, selon une logique de découpe par actifs (réseaux, services B2B, clientèle grand public).


Cette multiplication des candidats pourrait forcer Orange, Bouygues et Free à revoir leur copie à la hausse, ou au contraire, favoriser un scénario de vente éclatée, où SFR serait vendu morceau par morceau à différents acheteurs.

Côté politique, l’Élysée et Bercy suivent ce dossier de très près. Le gouvernement français a prévenu qu’il serait « extrêmement vigilant » sur toute opération, notamment sur les questions de souveraineté numérique, de concurrence et d’emploi. Passer de quatre à trois opérateurs, c’est potentiellement moins de choix pour les consommateurs et un risque de hausse des prix. Les autorités de la concurrence auront leur mot à dire.

Ajoutez à cela les créanciers d’Altice, qui disposent d’un droit de veto sur toute cession d’actifs majeurs. Bref, le dossier est loin d’être plié.

Et pour les abonnés SFR, ça change quoi ?

Pour l’instant : rien. Les 22 millions d’abonnés mobile et fibre de SFR continuent d’être servis normalement. Mais si un rachat se concrétise, des évolutions pourraient intervenir à moyen terme. Dans certains scénarios, les clients pourraient progressivement basculer sous les marques des nouveaux propriétaires, Orange, Free ou Bouygues, au fil d’une transition qui s’étalerait sur plusieurs années.

Reste à savoir si SFR restera une marque à part entière, ou si elle finira dissoute dans le grand bain des télécoms français.

Le feuilleton SFR ne fait que commencer. Entre stratégies financières, enjeux industriels et surveillance réglementaire, l’issue reste ouverte. Une chose est sûre : le paysage des télécoms français pourrait bien ne plus être le même d’ici quelques mois.

Chronologie de la crise financière SFR

2014 : Le rachat de SFR par Altice pose les bases du problème

Le groupe Altice, contrôlé par Patrick Drahi, rachète SFR à Vivendi pour environ 13,5 milliards d’euros. L’opération repose sur un montage très endetté, typique d’un LBO. À court terme, SFR gagne en taille, mais cette dette structurelle devient un handicap durable. Dès cette époque, les analystes soulignent que le groupe devra un jour arbitrer entre désendettement et cession.

2017 à 2022 : Une dette qui étouffe la stratégie industrielle

La dette d’Altice France dépasse progressivement les 24 milliards d’euros. Dans un marché télécom français marqué par une forte pression sur les prix, SFR peine à investir autant que ses concurrents dans la fibre et la 5G. La qualité de service devient un enjeu d’image, tandis que la rentabilité reste sous tension. La remontée des taux d’intérêt après la crise sanitaire aggrave mécaniquement la situation financière.

2023 : Le scénario de la vente devient crédible

Avec la hausse durable des taux et l’exigence accrue des créanciers, Altice France engage des discussions approfondies sur une restructuration de sa dette. Pour la première fois, l’hypothèse d’une cession partielle ou totale de SFR circule ouvertement dans les milieux financiers. Les actifs réseau, notamment la fibre et les infrastructures mobiles, attirent l’attention de fonds d’investissement spécialisés.

2024 : Négociations intenses avec les créanciers

L’année 2024 est dominée par les discussions financières. Altice France prépare une restructuration lourde, condition indispensable à toute opération de rachat. L’objectif est double : alléger la dette et redonner de la valeur à SFR comme actif industriel. Sans cet accord, aucune vente crédible ne peut être envisagée.

Début 2025 : Validation judiciaire d’une restructuration historique

La justice valide un accord majeur : la dette d’Altice France est ramenée d’environ 24 milliards à 15,5 milliards d’euros. En contrepartie, les créanciers prennent près de 45% du capital. Cette étape marque un tournant. SFR devient un actif restructuré, potentiellement cessible, et non plus un groupe sous contrainte permanente.

14 octobre 2025 : L’offre inédite des trois opérateurs français

Coup de tonnerre dans le secteur : Orange, Bouygues Telecom et Free déposent une offre conjointe non contraignante de 17 milliards d’euros. Le projet prévoit un partage des actifs de SFR entre les trois groupes, ce qui ramènerait le marché français de quatre à trois opérateurs. L’annonce déclenche immédiatement des réactions politiques et réglementaires.

Fin 2025 : Refus d’Altice et entrée de nouveaux acteurs

Altice France rejette l’offre, jugée insuffisante par rapport à la valeur estimée de SFR. Les créanciers, désormais influents dans la gouvernance, soutiennent cette position. Parallèlement, plusieurs fonds d’infrastructure étudient des rachats ciblés, renforçant le scénario d’une vente à la découpe plutôt qu’un rachat global.

Début 2026 : Un dossier toujours ouvert et sous surveillance

Aucun accord définitif n’est encore signé. Les opérateurs restent intéressés, les fonds poursuivent leurs analyses, et l’État français affiche une vigilance élevée sur la concurrence, l’emploi et les prix pour les consommateurs. Pour les abonnés SFR, la situation reste stable à court terme, mais le dossier est clairement entré dans sa phase décisive.

Ingénieur ENSAM Paristech et diplômé du MBA de l'ESSEC, Fabien est journaliste Tech & Pop Culture mais aussi Consultant IA et Marketing.