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La Chine teste une bombe à hydrogène non nucléaire

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La Chine vient de lever le voile sur un nouvel engin explosif présenté comme une “bombe à hydrogène non nucléaire”, suscitant à la fois la fascination et la polémique. Derrière cette appellation un peu tape-à-l’œil, il ne s’agit pas d’une véritable bombe H thermonucléaire, mais d’une arme thermobarique améliorée exploitant l’hydrogène comme carburant. Une technologie qui se veut plus propre que les armes nucléaires classiques, du moins sur le papier, mais qui soulève d’importantes questions stratégiques et éthiques.

La Chine fait un test scientifique documenté d’une bombe thermobarique

Selon plusieurs sources concordantes, dont des articles scientifiques et la presse internationale, des chercheurs chinois affiliés à l’Institut 705 de la China State Shipbuilding Corporation (CSSC) ont testé en mars 2025 un dispositif de 2 kilogrammes utilisant un matériau appelé hydrure de magnésium (MgH₂). Ce composé a la particularité de libérer rapidement de l’hydrogène lorsqu’il est chauffé ou soumis à un choc, ce qui en fait un excellent combustible pour des détonations de type thermobarique.

La charge testée a produit une boule de feu atteignant 1000 degrés Celsius, avec une durée d’effet 15 fois supérieure à celle d’une explosion TNT de même puissance, selon les ingénieurs. Les chercheurs insistent sur l’absence de radioactivité et de matière fissile, un argument régulièrement mis en avant pour la classer comme « non nucléaire ».

Pas de fusion nucléaire, pas de fission : ce n’est pas une bombe H

Contrairement à ce que son nom peut laisser croire, cette arme ne relève pas de la catégorie des bombes thermonucléaires, qui reposent sur des réactions de fusion de noyaux légers (comme le deutérium et le tritium) libérant une énergie colossale, accompagnée d’une forte émission de radiations et de retombées radioactives.

Ici, l’hydrogène est simplement brûlé chimiquement, comme un carburant, pour amplifier la température et la durée de l’explosion. On est donc bien sur le principe d’une bombe thermobarique, parfois appelée bombe à vide, qui exploite un mélange combustible-oxygène de l’air pour créer une onde de choc intense et prolongée.

La seule originalité tient dans le choix de l’hydrogène comme additif pour enrichir le mélange, au lieu des hydrocarbures plus traditionnels. Cela donne une chaleur extrême, tout en évitant la présence de matières radioactives.

D’un point de vue strictement scientifique, il serait donc abusif de parler de bombe H : l’appellation correcte reste thermobarique.

Une arme plus verte ? Pas vraiment

Certaines publications, y compris sur les réseaux sociaux, ont repris la communication chinoise en décrivant cette arme comme une « bombe écologique » ou même « une bombe de mort éthique ». Ces formulations relèvent clairement de la provocation et de la désinformation.

Certes, l’arme ne produit pas de déchets radioactifs, mais elle engendre toujours un incendie massif, une onde de surpression mortelle, et des particules toxiques libérées lors de la combustion. Parler de « propreté » est donc très relatif, car la charge, si elle était utilisée en milieu urbain, provoquerait des incendies généralisés et des fumées dangereuses, même si elle ne contamine pas durablement l’environnement par la radioactivité.

Quoiqu’il en soit, Pékin cherche à démontrer sa maîtrise de technologies d’armes non nucléaires avancées, qui contournent partiellement les traités de non-prolifération. De l’autre, la Chine veut affirmer sa capacité de dissuasion sans franchir la ligne rouge de l’arme atomique. Une stratégie subtile pour montrer sa puissance militaire tout en affichant un vernis « responsable ».

Selon plusieurs analyses, cette démonstration vise aussi à rassurer l’opinion internationale sur la volonté de la Chine de ne pas entrer dans une course à l’escalade nucléaire, tout en conservant un arsenal redoutable. Une communication qui peut séduire certains pays non alignés, mais qui laisse sceptiques les spécialistes occidentaux de la défense.

Ingénieur ENSAM Paristech et diplômé du MBA de l'ESSEC, Fabien est journaliste Tech & Pop Culture mais aussi Consultant IA et Marketing.