La vidéo la plus rentable de YouTube n’est ni un défi de MrBeast ni un vlog soigneusement monté. C’est un feu de cheminée. Dix heures de bûches qui crépitent, mises en ligne en 2016, et plus jamais retouchées. Résultat estimé : plus d’un million de dollars.
Une seule vidéo, aucun visage et 157 millions de vues
Quand on parle des fortunes bâties sur YouTube, les mêmes noms reviennent. MrBeast et ses défis démesurés, KSI et ses combats médiatiques, des armées de créateurs qui publient sans relâche, visage face caméra, storytelling calibré au millimètre. Le compte « Fireplace 10 hours full HD » a fait exactement l’inverse.
Une vidéo, aucun montage, aucune personne visible, juste des flammes filmées en continu pendant dix heures, avec le crépitement du bois en guise de bande-son. Depuis 2016, la chaîne n’a rien publié d’autre.
Cette vidéo cumule aujourd’hui environ 157 millions de vues. Elle tourne en fond sonore pendant les dîners, en décor visuel pour les soirées d’hiver, parfois toute une nuit. Ce type de consommation passive, répétitive, durable, est précisément ce que l’algorithme de YouTube adore. Une vidéo virale classique s’essouffle en quelques semaines. Celle-ci accumule des vues depuis près d’une décennie, sans le moindre effort supplémentaire.
Pourquoi l’algorithme adore ce format ?
Le cas est contre-intuitif, mais il éclaire une mécanique souvent mal comprise. Sur YouTube, le nerf de la guerre n’est pas le clic : c’est le temps de visionnage. Une vidéo de dix heures offre un terrain idéal pour l’affichage de publicités multiples. Et contrairement à un contenu narratif, elle n’exige aucune attention. Elle peut tourner en arrière-plan pendant qu’on cuisine, qu’on travaille ou qu’on reçoit des invités.
C’est ce qui explique les estimations de revenus qui ont circulé sur X début janvier. Un graphique viral montre une progression régulière des gains depuis 2016, avec un total avoisinant 1,25 million de dollars. Le chiffre reste théorique, mais on peut évaluer qu’elle a rapporté entre 500 000 et 1.200 000 dollars, une somme considérable pour une chaîne inactive depuis bientôt dix ans.
L’écart s’explique par de nombreux paramètres : le revenu par mille vues varie selon la période, la zone géographique, le type d’annonce et le profil des spectateurs. Mais une vidéo longue, non polémique et adaptée à une audience internationale coche presque toutes les cases d’une monétisation optimale. Elle attire des annonceurs « brand safe », évite les restrictions, et bénéficie d’un usage récurrent qui fait tourner la machine à revenus.
Un feu qui brûle, filmé une seule fois, peut devenir une rente durable. Non pas grâce au talent ou à la notoriété, mais grâce à l’alignement parfait entre un usage quotidien, un format long et les règles économiques de la plateforme. Une démonstration presque brutale de la logique froide de l’économie de l’attention…
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