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OnlyFans est plus rentable qu'Apple Google ou Microsoft

Derrière son image souvent réduite à l’économie des créateurs pour adultes, OnlyFans affiche en réalité des performances financières et opérationnelles hors normes, au point de dépasser largement les géants historiques de la tech sur un indicateur clé : le chiffre d’affaires par employé. Un chiffre qui dit beaucoup de la manière dont certaines plateformes numériques redéfinissent la notion même de productivité.

  • OnlyFans génère un chiffre d'affaires élevé avec très peu d'employés, surpassant Apple ou Google en productivité.
  • Sa rentabilité repose sur une dépendance forte aux créateurs et aux partenaires financiers, ce qui fragilise son modèle.
  • Seuls une minorité de créateurs gagnent beaucoup, tandis que la majorité perçoit peu ou rien.
  • Le succès d’OnlyFans repose sur un effet de réseau et une structure peu coûteuse, difficilement réplicable par d'autres acteurs.

OnlyFans : une machine à cash d’une efficacité redoutable

En 2024, OnlyFans a déclaré 1,41 milliard de dollars de chiffre d’affaires net, pour un volume total de transactions de 7,22 milliards de dollars générés par les abonnements et pourboires des utilisateurs. La différence correspond à la commission de 20 % prélevée par la plateforme, les créateurs conservant les 80 % restants.

Jusque-là, rien de révolutionnaire. Là où le modèle devient spectaculaire, c’est lorsque l’on regarde la taille de l’entreprise. Selon plusieurs sources concordantes, OnlyFans fonctionnerait avec environ 42 employés seulement sur l’année 2024. Résultat mécanique : 37,6 millions de dollars de chiffre d’affaires par salarié.

Pour donner un ordre de grandeur, Apple, Google ou Microsoft sont pourtant réputés pour leur efficacité industrielle et logicielle. Aucun ne s’approche de ce niveau de productivité par tête. Seul NVIDIA parvient à rivaliser avec ce type de ratio.

La rentabilité spectaculaire d’OnlyFans masque des fragilités structurelles

Cette efficience hors norme ne doit pas faire oublier les zones de tension qui entourent le modèle. OnlyFans concentre une part essentielle de sa valeur sur des flux financiers continus, dépendants à la fois des créateurs les plus visibles et des infrastructures de paiement. Or, l’histoire récente a montré à quel point ces équilibres pouvaient être fragiles.

En 2021, la plateforme avait brièvement annoncé vouloir interdire les contenus sexuellement explicites, avant de faire marche arrière sous la pression des créateurs et des utilisateurs. L’épisode avait révélé une réalité simple : sans ses créateurs, OnlyFans ne vaut presque rien.

D’un point de vue économique, cette dépendance est paradoxale. La plateforme affiche une productivité par employé record, mais elle reste extrêmement exposée à des décisions réglementaires ou bancaires externes. Visa, Mastercard ou les autorités financières nationales disposent, de fait, d’un pouvoir de blocage indirect. Une modification des règles de conformité ou un retrait de partenaires de paiement suffirait à fragiliser l’ensemble du modèle, quelle que soit sa rentabilité théorique.

Une création de valeur très inégalement répartie

Autre réalité souvent absente des discours sur la « creator economy » : la concentration des revenus. Si OnlyFans revendique plusieurs millions de créateurs, seuls une minorité d’entre eux génèrent des revenus significatifs. Les données disponibles montrent une distribution très asymétrique, proche de ce que l’on observe sur YouTube ou Twitch, mais avec un ticket d’entrée émotionnel et social bien plus élevé pour les créateurs.

Pour mieux comprendre cette répartition, voici un ordre de grandeur fréquemment cité par les analystes du secteur.

Catégorie de créateursPart des créateursPart des revenus
Top 1 %~1 %~33 %
Top 10 %~10 %~73 %
90 % restants~90 %~27 %

Ces chiffres rappellent une évidence économique : OnlyFans est extraordinairement efficace pour l’entreprise, beaucoup moins pour la majorité de ceux qui y publient du contenu. Le modèle favorise la plateforme, qui capte une rente stable de 20 %, indépendamment de la réussite individuelle des créateurs.

Un cas d’école pour les plateformes numériques

Dans les cercles économiques et financiers, OnlyFans commence à être étudiée comme un cas d’école. Non pas pour son positionnement éditorial, mais pour sa capacité à industrialiser l’intermédiation sans jamais absorber les coûts humains de la production. À ce titre, la plateforme pousse à l’extrême une logique déjà visible chez Airbnb, Uber ou Amazon Marketplace, mais avec une radicalité supplémentaire : aucune logistique, aucun stock, aucun salarié producteur.

Cette architecture explique pourquoi OnlyFans peut croître à l’échelle mondiale sans ouvrir de bureaux massifs ni multiplier les recrutements. Chaque nouveau marché est essentiellement un déploiement logiciel et juridique, bien plus qu’un projet humain. Dans un contexte où de nombreuses entreprises technologiques cherchent à réduire leurs effectifs tout en maintenant leur croissance, ce modèle suscite un intérêt croissant.

Une réussite économique difficilement duplicable…

Reste une question centrale : ce modèle est-il reproductible ? En pratique, très peu d’acteurs peuvent espérer atteindre un tel niveau d’efficience. OnlyFans bénéficie d’un effet de réseau massif, d’une image de marque déjà installée et d’une position quasi monopolistique sur son segment. Les plateformes concurrentes existent, mais peinent à attirer simultanément créateurs et abonnés à grande échelle.

De plus, la nature du contenu hébergé joue un rôle clé. Elle favorise une monétisation directe, récurrente et émotionnellement engageante, là où d’autres plateformes dépendent davantage de la publicité ou de modèles hybrides. Cette spécificité explique pourquoi les ratios financiers d’OnlyFans sont si difficiles à comparer, mais aussi pourquoi ils sont si spectaculaires.

Ingénieur ENSAM Paristech et diplômé du MBA de l'ESSEC, Fabien est journaliste Tech & Pop Culture mais aussi Consultant IA et Marketing.