Nvidia devient actionnaire minoritaire de Doctolib, la plateforme de rendez-vous médicaux qui revendique 50 millions d’utilisateurs. Le montant reste secret, la part détenue aussi, et l’annonce relance une question : que deviennent les données de santé ?
- Nvidia devient actionnaire minoritaire de Doctolib, mais la part et le montant restent secrets.
- Doctolib souhaite utiliser cet investissement pour développer une IA souveraine, basée sur ses données.
- Les données de santé sont déjà sujettes à controverse concernant leur utilisation et leur hébergement européen ou américain.
C’est Jensen Huang, le patron de Nvidia, qui a annoncé l’opération mardi 13 octobre 2026 à Paris, lors d’un point presse de sa tournée européenne, rapporte l’AFP. Stanislas Niox-Château, le dirigeant de Doctolib, a précisé à l’agence que Nvidia n’aurait pas de siège au conseil d’administration. Quant au prix, Next cite Le Figaro, qui évoque « quelques millions d’euros » : c’est une estimation de presse, pas un chiffre confirmé. Pour un groupe qui investit des milliards de dollars en Europe, la somme ne dit d’ailleurs pas grand-chose de l’enjeu : ce qui compte, c’est ce que Nvidia obtient en échange.
Doctolib valait 3,6 milliards d’euros au printemps, contre 5,8 milliards en 2022
La dernière valorisation connue remonte à une vente secondaire d’environ 300 millions d’euros d’actions, en avril : elle plaçait l’entreprise à 3,6 milliards d’euros, soit 38 % de moins que les 5,8 milliards du tour de financement de 2022, selon Dealroom. La valorisation retenue pour l’arrivée de Nvidia n’a pas été communiquée. De son côté, Doctolib dit avoir réalisé 422 millions d’euros de revenus récurrents annuels en 2025, en hausse de plus de 30 %, et se présente comme rentable, rapporte France-Epargne.
Doctolib veut recruter et bâtir ses propres modèles d’IA
Selon Stanislas Niox-Château, cet argent doit servir à accélérer les recrutements et les développements en intelligence artificielle. Il vise « une IA souveraine entraînée à partir de nos modèles, de nos données, et contrôlée par nous », indépendante d’OpenAI ou d’Anthropic, a-t-il dit à l’AFP.
On voit déjà où va l’argent : Doctolib teste auprès de 400 000 personnes un assistant personnel pour les patients, qui doit s’ouvrir à tous en 2027. Un assistant de consultation, adapté au français médical, a déjà documenté plus de 12 millions de consultations, d’après Next. Les assistants pour les soignants seront une grande priorité en 2027 et 2028. Nvidia n’arrive d’ailleurs pas de nulle part, mais Doctolib utilise ses technologies depuis un an.
Nvidia a aussi pris des parts dans Entalpic, Genesis AI et Pigment
Doctolib n’est pas seule : le groupe américain entre aussi au capital de ces trois start-up françaises, sans que les montants soient détaillés. Jensen Huang affirme avoir investi au moins 8 milliards de dollars en Europe l’an dernier, et 2 milliards de plus cette année, d’après l’AFP, qui rappelle qu’il a rencontré Emmanuel Macron à l’Élysée. En septembre, Nvidia avait annoncé la prise de contrôle de Hugging Face pour 12,9 milliards de dollars.
Ce type d’investissement a ses détracteurs : Trending Topics relaie des observateurs qui dénoncent un « financement circulaire », Nvidia finançant des entreprises qui achètent ensuite ses puces. Jensen Huang rejette l’accusation : « In A.I., compute is revenue ».
Les données de santé de Doctolib étaient déjà contestées avant Nvidia
Dans ce contexte, difficile d’ignorer le programme de recherche lancé en août, car il touche aux mêmes données. D’après une dépêche de l’AFP du 30 juillet, il exploite les données des utilisateurs, avec un consentement accordé par défaut : un courriel début juillet, puis un formulaire pour refuser. Doctolib assure pourtant qu’elles sont pseudonymisées, conservées cinq ans au maximum, hébergées en Europe, et qu’elles ne servent ni à des fins commerciales ni à entraîner ses modèles d’IA internes.
La Ligue des droits de l’Homme juge la pseudonymisation insuffisante et pointe un hébergement chez Amazon, soumis au droit américain, avec un « risque non négligeable de stigmatisation, discrimination et profilage abusif ». Juliette Alibert, d’Interhop, trouve la démarche « problématique ». L’AFP ne rapporte aucune réaction de la CNIL.
Quel rapport avec Nvidia ? Les deux déclarations de Doctolib ne portent pas sur le même périmètre : l’une concerne le programme de recherche, l’autre les modèles que l’entreprise veut développer à partir de ses données. Les sources consultées ne disent pas comment elles s’articulent, ni si Nvidia aura accès à ces données. Ce n’est donc ni une inquiétude démontrée, ni une garantie : on ne sait tout simplement pas.
Reste à savoir si Doctolib répondra, noir sur blanc, à la question que vous êtes en droit de lui poser : qui peut voir ce que vous avez confié à l’application ?
