En quelques années à peine, Khaby Lame est devenu bien plus qu’un phénomène viral. Le créateur le plus suivi de TikTok vient de franchir un cap symbolique : l’entrée d’un fonds d’investissement dans son empire naissant, sur la base d’une valorisation proche du milliard de dollars. Une opération révélatrice de l’évolution du statut des créateurs à l’ère des plateformes, où l’audience n’est plus un simple public, mais une véritable infrastructure économique.
Khaby Lame : un créateur né du confinement, sans dire un mot
L’histoire de Khaby Lame commence loin des projecteurs. Avant 2020, il travaille comme ouvrier dans une usine en Italie, mène une vie discrète et n’affiche aucune ambition médiatique. La pandémie de Covid-19 bouleverse cet équilibre : l’usine ferme, il perd son emploi et se retrouve, comme des millions d’autres, avec du temps et peu de perspectives immédiates.
C’est dans ce vide qu’il ouvre un compte TikTok, en avril 2021, sans stratégie apparente ni moyens techniques. Son idée est pourtant redoutablement efficace. Là où la plateforme regorge de vidéos explicatives interminables et de « life hacks » absurdes, Khaby Lame fait exactement l’inverse. Il ne parle pas, ne donne aucune explication et se contente de démonter ces contenus compliqués en montrant la solution évidente, accompagnée d’un regard et d’un geste devenus iconiques.
@khaby.lame
Ce minimalisme, universel et compréhensible sans traduction, propulse ses vidéos à des dizaines puis des centaines de millions de vues. En moins de deux ans, il devient le créateur le plus suivi au monde, avec plus de 160 millions d’abonnés.
De la viralité à la structuration économique
Le tournant décisif ne se joue pourtant pas dans les chiffres d’abonnés. Là où beaucoup de créateurs se contentent d’enchaîner les placements de produits et les collaborations ponctuelles, Khaby Lame adopte une approche différente. Progressivement, il structure son activité autour de sociétés, de licences de marque et de partenariats de long terme. Son audience n’est plus seulement une vitrine publicitaire, mais un canal de distribution qu’il contrôle.
Cette logique se traduit par la création de plusieurs entités, dont Step Distinctive Limited, au cœur du récent deal financier. Chaque vidéo alimente un écosystème qui lui appartient en grande partie, capable de transformer l’attention en revenus récurrents.
L’approche rappelle celle des start-up technologiques : la visibilité devient une matière première, mais la valeur réelle réside dans la propriété des structures et des droits.
Une entrée de fonds à près d’un milliard de dollars
En janvier 2026, le groupe d’investissement Rich Sparkle Holdings annonce l’acquisition de 51% de Step Distinctive Limited. La valorisation communiquée oscille entre 900 et 975 millions de dollars, un chiffre spectaculaire qui enflamme rapidement les réseaux sociaux.
Contrairement à ce que certains récits laissent entendre, il ne s’agit pas d’un chèque personnel encaissé par Khaby Lame, mais d’une opération capitalistique classique. Le créateur conserve près de 49% du capital, reste impliqué dans la stratégie et devient actionnaire de long terme de la nouvelle structure.
Le pari du jumeau numérique et de l’automatisation
L’aspect le plus marquant du deal réside dans ses perspectives technologiques. Rich Sparkle Holdings a obtenu des droits étendus pour exploiter l’image et la personnalité de Khaby Lame afin de développer un « AI Digital Twin« , un jumeau numérique capable de produire des contenus automatisés. L’objectif affiché : créer des vidéos, des campagnes marketing et potentiellement des interactions en direct, sans nécessiter la présence physique permanente du créateur.
Si les contours exacts du dispositif restent flous, le principe s’inscrit dans une tendance lourde de l’industrie. Les créateurs les plus puissants ne sont plus seulement des individus, mais des marques incarnées, susceptibles d’être déclinées sous forme logicielle.
Le parcours de Khaby Lame illustre une mutation profonde du web social. Là où l’on parlait autrefois de notoriété ou de buzz, il est désormais question de capitalisation, de gouvernance et d’industrialisation de l’attention. L’audience devient un socle, comparable à une base d’utilisateurs dans le monde des logiciels. La création de contenu n’est plus une fin en soi, mais le point d’entrée d’un système économique beaucoup plus vaste.
