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Les jeux vidéo des années 90 étaient meilleurs pour notre cerveau selon cette étude

Les jeux vidéo des années 1990 occupent une place particulière dans la mémoire collective des joueurs. Au-delà de la nostalgie, beaucoup évoquent un sentiment précis : celui d’avoir appris en jouant, d’avoir progressé intellectuellement autant que mécaniquement. Cette impression, longtemps reléguée au rang de simple ressenti subjectif, trouve désormais un écho dans plusieurs travaux récents.

Une récente analyse s’appuyant sur les observations de la spécialiste en santé mentale Veronica Lichtenstein, confirme que les jeux de cette époque proposaient un cadre nettement plus favorable au développement cognitif que nombre de productions contemporaines.


Quand la difficulté structurait réellement l’apprentissage

Dans les années 90, la difficulté n’était pas un curseur marketing ajusté pour maximiser le temps passé à l’écran. Elle constituait le cœur du design. Peu ou pas de sauvegardes automatiques, absence quasi totale de tutoriels intrusifs, progression linéaire et punitive : le joueur avançait parce qu’il comprenait, mémorisait et s’adaptait.

Selon Veronica Lichtenstein, interrogée par Newsweek, ces jeux fonctionnaient comme de véritables parcours pédagogiques, comparables à des exercices cognitifs progressifs. Chaque échec forçait à analyser ses erreurs, chaque victoire validait une compétence nouvellement acquise.

Ce modèle reposait sur un principe central bien connu des neurosciences : la gratification différée. Battre un boss dans Mega Man ou terminer un monde dans Super Mario World ne déclenchait pas une pluie de récompenses intermédiaires.

La dopamine n’intervenait qu’à la fin, après l’effort. Veronica Lichtenstein parle d’une « vraie victoire », comparable à l’achèvement d’un projet complexe dans la vie professionnelle. Ce type de récompense tardive favorise la résilience, la patience et la capacité à maintenir un effort prolongé, des compétences transversales aujourd’hui largement documentées par la recherche en psychologie cognitive.


Mémoire spatiale et cartes mentales comme entraînement cérébral

À cette difficulté s’ajoutait une autre dimension souvent oubliée : la navigation active. Dans des jeux comme The Legend of Zelda: A Link to the Past ou le premier Tomb Raider, le joueur devait se construire une véritable carte mentale. Aucun marqueur omniprésent, pas de GPS intégré, peu d’indications explicites. Il fallait retenir les lieux, les embranchements, les raccourcis, parfois sur plusieurs sessions espacées dans le temps.

Les neurosciences identifient clairement cette sollicitation comme un entraînement direct de l’hippocampe, région clé du cerveau impliquée dans la mémoire spatiale et l’orientation. Plusieurs études en imagerie cérébrale ont montré que les activités nécessitant la mémorisation d’environnements complexes renforcent cette zone, avec des effets positifs sur la capacité de planification et la flexibilité cognitive.

Les jeux des années 90, sans le chercher explicitement, proposaient ainsi un exercice cognitif complet, mêlant mémoire, anticipation et résolution de problèmes.

Une logique de conception radicalement différente aujourd’hui

Ce modèle s’oppose frontalement à la philosophie dominante du jeu vidéo contemporain. Selon Veronica Lichtenstein, les productions modernes sont majoritairement pensées pour ne jamais se terminer. Quêtes quotidiennes, récompenses journalières, loot aléatoire, battle pass à durée limitée : tout concourt à maintenir le joueur dans un état de stimulation permanente. Le plaisir devient fragmenté, immédiat, mais rarement durable.

« Il n’y a plus de véritable fin. Tu n’obtiens jamais de clôture », résume-t-elle. Cette absence de conclusion claire transforme le loisir en tâche continue, avec un sentiment latent d’inachevé. Plusieurs chercheurs, dont ceux de l’American Psychological Association, soulignent que ces boucles de récompense rapide reposent sur des mécanismes proches du conditionnement opérant. Une étude publiée dans Computers in Human Behavior établit un lien direct entre ces systèmes et une augmentation des comportements compulsifs, en particulier chez les joueurs les plus jeunes.

Là où les jeux des années 90 développaient des compétences, beaucoup de jeux actuels testent avant tout la résistance psychologique du joueur. La progression repose moins sur la compréhension que sur la capacité à supporter la frustration artificielle ou à céder à des incitations économiques soigneusement calibrées.

Des effets mesurables sur le bien-être et le sommeil

Cette évolution n’est pas neutre sur le plan de la santé mentale. La World Health Organization a officiellement reconnu en 2019 le trouble du jeu vidéo dans la classification CIM-11, en mettant en avant la perte de contrôle, la priorité excessive accordée au jeu et la poursuite de l’activité malgré des conséquences négatives. Les systèmes sans fin et sans pause naturelle sont régulièrement cités comme facteurs aggravants.

Plusieurs études longitudinales montrent également un impact sur le sommeil, notamment lorsque les jeux imposent des objectifs quotidiens ou des événements temporaires. Le cerveau reste en alerte, peinant à décrocher, ce qui altère la récupération cognitive.

Chez les adolescents, l’Inserm souligne que l’exposition répétée à des gratifications immédiates peut modifier la perception de l’effort et compliquer la gestion de la frustration dans d’autres domaines, notamment scolaires.

Le jeu vidéo moderne n’est pas condamné à la rétention

Pour autant, opposer frontalement « jeux d’hier vertueux » et « jeux d’aujourd’hui toxiques » serait intellectuellement malhonnête. Le médium a évolué et a aussi ouvert de nouvelles voies bénéfiques. Une étude récente menée par l’Imperial College London et l’University of Graz met en lumière les effets positifs des mondes ouverts sur la gestion du stress. Les chercheurs parlent de « digital nature » pour décrire ces environnements virtuels propices à la détente.

Explorer librement un univers comme The Legend of Zelda: Breath of the Wild, Red Dead Redemption 2 ou Skyrim active le sentiment d’autonomie, un facteur clé de réduction de l’anxiété. Les mesures physiologiques relevées dans ces études montrent même une baisse du cortisol, l’hormone du stress, comparable à celle observée lors d’une promenade réelle en milieu naturel.

Enfin, certains jeux contemporains prouvent que la difficulté formatrice n’a pas disparu. Des titres comme Celeste, Elden Ring ou Hades renouent avec une exigence élevée, tout en respectant le joueur. Ils démontrent qu’il est possible de proposer du défi sans tomber dans la corvée ni dans la manipulation comportementale.

Comprendre pour mieux choisir

Les travaux récents confirment ainsi une intuition partagée par toute une génération : les jeux des années 90 sollicitaient le cerveau autrement, en privilégiant l’effort, la mémoire et la clôture. Le jeu vidéo moderne n’est pas intrinsèquement néfaste, mais son glissement vers une logique de rétention permanente pose des questions fondamentales sur notre rapport au plaisir et à l’attention.

Identifier ces mécanismes permet de reprendre la main, de choisir des expériences qui respectent le rythme cognitif humain et de redonner au jeu son rôle premier : un espace de stimulation saine, de repos mental et de satisfaction authentique.

Ingénieur ENSAM Paristech et diplômé du MBA de l'ESSEC, Fabien est journaliste Tech & Pop Culture mais aussi Consultant IA et Marketing.