Pendant des années, un constat s’est imposé comme une évidence presque indiscutable : la télévision vieillit, et avec elle son public. Les chiffres semblaient confirmer ce récit, alimenté par la montée des plateformes de streaming et par la fragmentation des usages. Pourtant, lorsqu’on observe de près les chaînes leaders en volume d’audience, le tableau est aujourd’hui plus nuancé. Mieux, il raconte même une inflexion générationnelle que peu de commentaires médiatiques prennent le temps d’expliquer.
TF1, France 2 et France 3 concentrent toujours l’essentiel de l’audience linéaire en France. Ce sont elles qui structurent la consommation télévisuelle quotidienne, loin devant les chaînes de la TNT thématique. Leur évolution démographique est donc un indicateur central pour comprendre ce que devient réellement la télévision.
TF1, France 2 et France 3 restent le cœur battant du paysage télévisuel
En 2025, les données consolidées de Médiamétrie confirment une hiérarchie stable. TF1 domine largement avec environ 18,7% de part d’audience annuelle, suivie de France 2 autour de 14,9%, puis de France 3 avec un peu plus de 9 %. Ces trois chaînes généralistes captent à elles seules plus de 40% de l’audience totale.
Ce leadership n’est pas seulement une question de puissance historique. Il repose sur une capacité à fédérer des publics très larges, à travers des événements, des rendez-vous récurrents et des marques fortes. Journaux télévisés, grands divertissements, sport en clair, fictions populaires : ces contenus continuent de jouer un rôle structurant, y compris à l’ère du streaming.
C’est précisément cette position dominante qui rend leur évolution démographique particulièrement révélatrice. Si le public TV rajeunit ou se transforme, cela se verra d’abord chez elles.
L’âge moyen des téléspectateurs reste élevé, mais il recule nettement
Les chiffres récents bousculent un discours trop figé. Les âges moyens publiés et repris par plusieurs médias fin 2025 indiquent environ 58,5 ans pour TF1, 65,3 ans pour France 2 et 67,4 ans pour France 3. Pris isolément, ces nombres confirment une réalité : la télévision généraliste reste un média majoritairement consommé par des publics mûrs.
Mais l’information essentielle n’est pas là. Ce qui change profondément, c’est la trajectoire.
Il y a encore une dizaine d’années, l’âge moyen du téléspectateur dépassait largement les 61 à 62 ans toutes chaînes confondues. Aujourd’hui, il se situe autour de 58 ans, un recul de plusieurs années qui marque une rupture nette avec la tendance historique au vieillissement continu.
TF1 est le symbole le plus visible de cette évolution. Longtemps critiquée pour son public supposément âgé, la chaîne privée se retrouve désormais alignée sur la moyenne globale de la télévision, voire légèrement en dessous lors des grandes périodes événementielles. France 2 et France 3 restent plus seniors, mais elles aussi bénéficient ponctuellement de pics de rajeunissement très marqués.
Pourquoi le public TV rajeunit malgré le streaming ?
Ce recul de l’âge moyen ne relève pas d’un artefact statistique. Il s’explique par plusieurs phénomènes convergents. Le premier est le retour en force des événements fédérateurs. Les compétitions sportives majeures, les grandes soirées politiques, ou encore certaines fictions françaises à fort impact social attirent des publics bien plus jeunes que la moyenne.
Les Jeux olympiques, par exemple, ont joué un rôle clé en 2024 et continuent d’avoir un effet d’entraînement en 2025 sur certaines cases. Lors de ces rendez-vous, la part des moins de 50 ans progresse fortement, tirant mécaniquement l’âge moyen vers le bas. Le même effet est observable lors des grandes soirées électorales ou des finales sportives en clair.
Deuxième facteur, souvent sous-estimé : la télévision n’est plus consommée seule. Le visionnage sur smartphone, ordinateur ou télévision connectée brouille la frontière entre TV linéaire et usages numériques. Une partie du public jeune regarde encore la télévision… sans se percevoir comme téléspectateur « traditionnel ».
Enfin, contrairement à une idée répandue, le streaming ne remplace pas totalement la TV, il la complète. Les jeunes générations alternent plateformes et télévision, en fonction des contenus et des moments. Cette hybridation contribue à maintenir un socle d’audience plus jeune qu’on ne l’imagine.
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