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Suncatcher : Google envoie 4 puces IA en orbite pour tester son datacenter solaire spatial

Suncatcher : Google envoie 4 puces IA en orbite pour tester son datacenter solaire spatial

Un satellite de la taille d’un réfrigérateur, quatre TPU et environ 1 kW de panneaux solaires. Le premier prototype de Project Suncatcher doit décoller le 1er octobre 2026 sur une Falcon 9 de SpaceX. Google amorce ainsi son pari le plus radical : transformer à terme des constellations de satellites en supercalculateurs alimentés directement par le Soleil. Mais selon Ars Technica, ses puces ne pourront tourner qu’une quinzaine de minutes d’affilée avant de devoir refroidir.

  • Google teste un satellite avec des puces IA pour explorer l'énergie solaire spatiale.
  • Les sessions de calcul sont limitées à 15 minutes à cause de la gestion thermique dans l'espace.
  • Le projet vise une constellation de petits satellites pour créer un supercalculateur en orbite, mais il reste coûteux et expérimental.

Google part chercher en orbite une énergie solaire presque continue, et pourtant, selon Ars Technica, son premier prototype devra éteindre régulièrement ses puces, faute de pouvoir évacuer leur chaleur assez vite. La mission a été présentée le 24 septembre 2026 dans une annonce publiée par Google. Elle doit partir le 1er octobre à bord de Transporter-18, une mission de covoiturage spatial opérée par SpaceX avec une fusée Falcon 9.

La plateforme est fournie par Planet, partenaire du projet depuis sa présentation publique en novembre 2025. Elle permet à Google de tester dès cette année une première partie de son architecture, avant une mission plus ambitieuse prévue en 2027 avec deux satellites expérimentaux.

4 TPU, 1 kW et de vrais calculs Gemini

Le satellite, surnommé » MVP » par la presse spécialisée, embarque quatre TPU Trillium. Ce ne sont pas des processeurs spécialement durcis pour l’espace, mais des puces de datacenter classiques. C’est tout l’objet de l’expérience : savoir si du matériel conçu pour des infrastructures terrestres peut fonctionner durablement en orbite.

Pendant les quelques mois de la mission, Google compte y faire tourner de véritables modèles Gemini. Les ingénieurs suivront notamment les effets des radiations, la température et la consommation des composants, puis compareront ces données aux essais déjà réalisés au sol.

Des sessions de calcul limitées à 15 minutes par la chaleur

Le problème le plus immédiat n’est pas l’alimentation électrique, mais la chaleur. Selon Ars Technica, le système thermique du prototype devrait limiter les sessions de calcul à environ quinze minutes. Les TPU devront ensuite s’arrêter le temps que les radiateurs évacuent la chaleur accumulée. Google confirme que la gestion thermique est l’un des principaux objectifs de la mission, sans reprendre publiquement ce chiffre.

Dans le vide spatial, il n’y a pratiquement pas de convection, et un ventilateur ne servirait à rien. La chaleur doit être conduite jusqu’à des radiateurs qui la rejettent sous forme de rayonnement infrarouge. Google a déjà validé une partie du dispositif en chambre à vide thermique, mais le vrai test aura lieu en orbite. L’enjeu est décisif : un datacenter obligé de s’arrêter toutes les quelques minutes pour refroidir aurait peu d’intérêt à grande échelle.

Jusqu’à 8 fois plus d’énergie solaire qu’au sol

Si Google accepte cette contrainte, c’est que l’espace offre en contrepartie une source d’énergie extrêmement attractive. Dans son premier document de recherche consacré à Suncatcher, l’entreprise estime que, sur certaines orbites, un panneau solaire pourrait produire jusqu’à huit fois plus d’énergie par an qu’un panneau installé à une latitude moyenne sur Terre. Il échappe aux nuages et à l’atmosphère, et il est exposé au Soleil de façon beaucoup plus constante.

Google vise une orbite qui garderait les panneaux presque continuellement éclairés, ce qui réduirait fortement le besoin en batteries. L’électricité serait consommée directement dans l’espace pour alimenter les accélérateurs IA, et seuls les données nécessaires et les résultats des calculs seraient transmis vers la Terre.

Une grappe de satellites séparés de 100 à 200 mètres

Plutôt qu’une immense station spatiale remplie de puces, Suncatcher repose sur une constellation de petits satellites capables de travailler ensemble comme les nœuds d’un supercalculateur distribué. Dans ses simulations, Google étudie une formation de 81 satellites placés à environ 650 kilomètres d’altitude, où certains voisins ne sont séparés que de 100 à 200 mètres.

C’est extrêmement peu pour des engins qui filent à plusieurs kilomètres par seconde. La moindre dérive orbitale pourrait casser la formation. Google s’appuie donc sur des algorithmes de contrôle, en partie fondés sur le machine learning, capables de corriger la position des satellites. Ses simulations suggèrent que ces corrections pourraient rester relativement limitées dans certaines configurations.

10 Tbit/s par liaison : le réseau, l’autre immense défi

Faire voler des TPU ne suffit pas, car l’entraînement de grands modèles nécessite des échanges massifs entre puces. Les liaisons inter-satellites commerciales restent aujourd’hui très loin des débits des réseaux internes de datacenter. Selon Google, un véritable supercalculateur orbital aurait besoin d’environ 10 Tbit/s par liaison.

La solution privilégiée repose sur des communications laser utilisant plusieurs longueurs d’onde simultanément. Google estime pouvoir approcher les 10 Tbit/s nécessaires et a déjà construit un démonstrateur terrestre capable d’atteindre 800 Gbit/s dans chaque sens, soit 1,6 Tbit/s au total.

Viser une pièce de monnaie à plusieurs kilomètres

La mission de 2027 doit précisément tester ce réseau en orbite. Deux satellites devront voler en formation, se viser mutuellement avec leurs lasers, maintenir la liaison malgré leurs mouvements et, potentiellement, se répartir certains calculs.

Dans son annonce du 24 septembre, Google compare la précision requise au fait de viser une cible de la taille d’une pièce de monnaie à plusieurs kilomètres, alors que le tireur et la cible sont tous deux en mouvement. L’image résume bien l’un des paradoxes du projet : recréer dans l’espace un réseau de datacenter ultrarapide entre des machines en orbite autour de la Terre.

Radiations et décollage : la mémoire flanche la première

Google a déjà exposé ses TPU à un faisceau de protons pour mesurer leur résistance aux radiations. Le processeur a bien tenu, mais sa mémoire a montré des signes de faiblesse à une dose environ 2,7 fois supérieure à celle qu’un satellite blindé recevrait en cinq ans en orbite. La mission doit maintenant vérifier comment le système réagit aux particules susceptibles de provoquer ponctuellement des erreurs de calcul.

Avant cela, les puces devront survivre au décollage. Un lancement peut imposer jusqu’à 10 g au satellite et des pics locaux de 50 à 100 g sur certains composants. Le prototype a déjà passé ses essais de vibration.

Tout dépend d’un chiffre : 200 dollars le kilo

Même si toute la partie technique fonctionne, le projet restera inutile si le coût du lancement ne baisse pas fortement. Envoyer un kilogramme en orbite avec une Falcon 9 coûte aujourd’hui environ 3 600 dollars. Google estime que l’équation commencerait à devenir intéressante autour de 200 dollars par kilo.

Ce seuil pourrait être atteint vers 2035 si les coûts de lancement continuent de baisser avec l’augmentation des volumes transportés. Cela suppose toutefois une activité spatiale gigantesque, équivalente dans les scénarios de Google à environ 180 lancements de Starship par an, une hypothèse que l’entreprise qualifie elle-même d’ambitieuse.

À 200 dollars le kilo, Google estime que le coût de l’énergie produite en orbite pourrait devenir comparable à celui de certains datacenters terrestres. Mais cette comparaison ne porte que sur l’énergie. Elle laisse de côté la fabrication des satellites, les puces, les communications, les opérations et le remplacement des engins. L’ingénieur spatial Andrew McCalip, cité par TechCrunch, estime ainsi qu’un datacenter orbital de 1 GW coûterait 42,4 milliards de dollars, soit près de trois fois un équivalent terrestre.

L’obsolescence du matériel pose également un problème majeur. Comme le souligne le cabinet JLL, une puce d’IA peut être dépassée après seulement un à deux ans, alors qu’un satellite est généralement conçu pour fonctionner cinq à sept ans. Sur Terre, on remplace un rack. En orbite, il faut potentiellement remplacer tout le satellite, ce qui rend la rentabilité beaucoup moins évidente.

SpaceX, à la fois lanceur, partenaire et concurrent

Google n’est pas seul sur ce créneau. SpaceX explore lui aussi des architectures de calcul orbital, et plusieurs start-up misent sur la baisse des coûts de lancement pour déplacer une partie des infrastructures informatiques dans l’espace.

La plus visible est Starcloud, qui a envoyé un GPU Nvidia H100 en orbite en novembre 2025. En août 2026, elle a levé 250 millions de dollars, portant son financement total à 450 millions pour une valorisation de 2,3 milliards. La société a déposé auprès du régulateur américain des télécommunications, la FCC, un projet pouvant atteindre 88 000 satellites. C’est le signe que le calcul orbital attire désormais des investisseurs prêts à miser très gros.

La relation de Google avec SpaceX reste ambiguë. La Falcon 9 doit lancer son premier prototype, mais SpaceX pourrait aussi devenir un concurrent direct. Reuters rapportait en mai 2026 que Google discutait avec SpaceX et d’autres partenaires de futures infrastructures spatiales, sans qu’aucun accord industriel majeur n’ait été annoncé.

Suncatcher est un pari sur l’avenir des datacenters terrestres

Si Google investit dans un projet aussi incertain, c’est que les datacenters au sol se heurtent à des limites de plus en plus concrètes : le raccordement au réseau électrique, les besoins en eau pour le refroidissement et la place disponible. L’entreprise met en avant ces trois ressources quand elle décrit l’intérêt de Suncatcher. Son papier de recherche part d’ailleurs d’une hypothèse assumée, celle d’un futur où une majorité du calcul IA se ferait dans l’espace.

Google estime que rien, dans les lois de la physique, n’interdit ce scénario. Tout se joue dans l’ingénierie et dans l’économie. Les 81 satellites de ses simulations et les capacités de l’ordre du térawatt qu’il évoque restent des ordres de grandeur, pas un programme financé. Les premières données envoyées depuis l’orbite par quatre puces de série diront si ce pari mérite d’aller plus loin…

Ingénieur ENSAM Paristech et diplômé du MBA de l'ESSEC, Fabien est journaliste Tech & Pop Culture mais aussi Consultant IA et Marketing.