Loot Drop n’est ni un simple site de veille ni un énième classement de startups ratées. Il s’agit d’un cimetière interactif de startups financées par le capital-risque, pensé comme un outil d’analyse, de tri et de réappropriation d’idées abandonnées. À l’heure où la Silicon Valley continue de glorifier les levées de fonds records, cette base de données propose le contrechamp : celui des projets morts, parfois très tôt, parfois après avoir englouti des sommes vertigineuses.
Le site revendique aujourd’hui plus de 1200 startups recensées pour un total supérieur à 48 milliards de dollars de capital-risque partis en fumée. Un chiffre qui donne le vertige, mais qui sert ici de point de départ à une réflexion beaucoup plus large sur l’échec, la surcapitalisation et le timing technologique.
Couleurs tranchées, typographies massives, esthétique volontairement brute : Loot Drop assume une identité visuelle inspirée du jeu vidéo. Chaque startup est traitée comme un » loot » récupérable, un vestige à analyser plutôt qu’un fiasco à oublier.
Une base de données pensée pour être explorée
Contrairement aux listes figées de » failed startups » que l’on trouve ailleurs sur le web, Loot Drop repose sur une logique de filtrage avancé.
Chaque projet est associé à plusieurs indicateurs destinés à guider l’analyse : secteur d’activité, difficulté de reconstruction, potentiel de marché, scalabilité et surtout un score d’opportunité.
L’utilisateur peut ainsi isoler des startups issues des années 2000 ou 2010, lourdement financées, mais lancées trop tôt ou plombées par des coûts fixes démesurés.
Fintechs prématurées, plateformes sociales arrivées avant l’explosion du mobile, services cloud conçus avant la maturité des infrastructures : Loot Drop met en lumière un schéma récurrent dans l’histoire du capital-risque.
Derrière Loot Drop, une histoire de vibe coding
Le projet est né en 2026 de l’initiative d’un développeur connu sous le pseudonyme AnsbjergB. Son point de départ n’est pas une analyse macro-économique, mais une impasse personnelle : difficile de trouver un problème à résoudre quand on mène une vie stable, sans urgence particulière à corriger. Plutôt que de forcer l’inspiration, il choisit alors de regarder en arrière, vers les startups disparues malgré des financements parfois colossaux.
Les premières recherches sont artisanales : tableurs Excel, communiqués de presse archivés, recoupements avec des registres publics et des noms de domaine abandonnés. Très vite, l’évidence s’impose : ce travail peut être automatisé et transformé en outil. Loot Drop est alors développé comme un projet de vibe coding, à l’aide d’outils modernes comme Cursor et Supabase, avec une logique assumée de rapidité et d’itération continue plutôt que de perfection technique.
La première mise en ligne suscite un intérêt immédiat : plus de 100 000 vues en douze heures après un simple message posté sur Reddit.
Pourquoi autant de startups échouent malgré des idées solides ?
Le cœur éditorial de Loot Drop repose sur une conviction simple : beaucoup de startups échouent non pas à cause de leur produit, mais à cause de leur structure. Croissance trop rapide, effectifs surdimensionnés, bureaux luxueux, dépenses marketing massives avant l’adéquation produit-marché : les mêmes erreurs se répètent. Le capital-risque, en cherchant des licornes, pousse souvent des projets à brûler des étapes essentielles.
Loot Drop propose une lecture alternative de ces échecs. Reprendre une idée abandonnée, la relancer avec une équipe réduite, des outils no-code ou IA, et des coûts maîtrisés, devient une option crédible. Le site ne promet pas de recettes miracles, mais offre un cadre d’analyse qui invite à distinguer l’échec stratégique de l’échec circonstanciel. Dans cette perspective, l’histoire des startups mortes devient une bibliothèque d’erreurs évitables.

