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Digital Natives : 1 jeune sur 2 est complètement nul avec les outils digitaux

Digital Natives : 1 jeune sur 2 est complètement nul avec les outils digitaux

Pendant longtemps, l’idée a semblé aller de soi : les jeunes, nés avec un smartphone à la main et un clavier sous les doigts, seraient naturellement compétents dans le monde numérique. Une génération dite digital native, supposée à l’aise avec les outils, l’information en ligne et les usages connectés. Les données publiées fin 2025 par l’Observatoire Pix viennent pourtant fissurer sérieusement ce récit. Elles dessinent le portrait d’une jeunesse très connectée, mais souvent mal armée face aux exigences numériques académiques, professionnelles et citoyennes.

  • Les jeunes sont connectés mais manquent souvent de compétences numériques essentielles.
  • Le illectronisme touche une partie importante de la population, y compris chez les jeunes adultes.
  • Les inégalités sociales et le diplôme influencent fortement la maîtrise des outils digitaux.
  • Les enjeux juridiques, environnementaux et démocratiques liés au numérique deviennent cruciaux à maîtriser.

Les jeunes ont des lacunes massives dans l’utilisation des outils digitaux

Les chiffres sont sans appel. Près de 40% des étudiants arrivent à l’université avec un niveau numérique inférieur à celui attendu en début de cursus.

Plus préoccupant encore, 52% en sortent sans maîtriser les compétences considérées comme indispensables pour poursuivre des études ou s’insérer durablement sur le marché du travail. Autrement dit, le passage par l’enseignement supérieur ne corrige pas systématiquement les failles initiales, et peut même les laisser intactes.

Teléchager l’étude PIX

Cette réalité contraste fortement avec l’image d’une génération ultra-compétente. Les étudiants savent utiliser des applications, naviguer sur les réseaux sociaux, swiper et consommer des contenus en ligne, mais peinent à évaluer la fiabilité d’une information, à protéger leurs données personnelles ou à résoudre des problèmes techniques simples.

La familiarité avec les écrans masque souvent une fragilité plus profonde, qui n’apparaît qu’au moment où les usages deviennent complexes, critiques ou professionnels.

L’illectronisme ne concerne pas que les seniors

Le terme « illectronisme » reste souvent associé aux personnes âgées ou éloignées du numérique. Les données de l’Insee montrent pourtant une situation bien plus transversale.

En France :

  • 15,4% des personnes de plus de 15 ans sont en situation d’illectronisme total, soit environ huit millions de personnes
  • à cela s’ajoutent 30% de la population en situation d’illectronisme partiel, capables d’effectuer certains usages mais en difficulté dès que les tâches se complexifient

Chez les 15-24 ans, la situation est plus nuancée, mais loin d’être rassurante. Si seuls 2% sont en situation d’illectronisme total, 19% présentent des compétences numériques faibles. Un chiffre loin d’être marginal lorsqu’on le rapporte aux exigences croissantes de l’université, des démarches administratives dématérialisées ou du monde professionnel.

Le poids décisif du diplôme et des inégalités sociales

Les écarts de compétences numériques ne sont pas distribués au hasard. Le niveau de diplôme apparaît comme un facteur déterminant. Une personne sans diplôme a sept fois plus de risques d’être en situation d’illectronisme qu’une personne diplômée à bac +3 ou plus. Le numérique, loin de corriger les inégalités éducatives, tend souvent à les renforcer.

Le niveau socio-économique joue un rôle tout aussi central. Les individus appartenant aux 20% de ménages les plus modestes ont 6,6 fois plus de risques d’être concernés par l’illectronisme que ceux des 20% les plus aisés. Accès au matériel, qualité de l’accompagnement, confiance face aux outils, temps disponible pour apprendre : autant de facteurs qui s’additionnent et creusent un fossé numérique durable.

Des freins psychologiques largement sous-estimés

Au-delà de l’accès aux outils, les difficultés numériques sont aussi profondément psychologiques. De nombreux travaux mettent en évidence un faible sentiment d’auto-efficacité chez les personnes en difficulté, c’est-à-dire la conviction de ne pas être capable d’apprendre ou de comprendre. À cela s’ajoutent l’anxiété numérique et le technostress, qui transforment chaque interaction avec un outil en source de tension.

Les stéréotypes sociaux jouent également un rôle non négligeable. La » menace du stéréotype « , bien documentée en psychologie sociale, peut freiner l’apprentissage, notamment selon le genre ou l’origine sociale. Lorsqu’un individu intègre l’idée qu’il n’est » pas fait pour ça « , ses performances réelles s’en trouvent affectées, indépendamment de ses capacités objectives.

Le numérique, un enjeu juridique et environnemental

Réduire la compétence numérique à une simple habileté technique serait une erreur. Les enjeux juridiques sont majeurs et concernent directement les citoyens. Comprendre le RGPD, protéger sa vie privée, identifier la désinformation, faire face au cyberharcèlement ou connaître le droit à la déconnexion font désormais partie des compétences essentielles. Or, selon l’Insee, 20,5% des internautes ne maîtrisent pas les compétences élémentaires de protection de la vie privée en ligne.

À ces dimensions s’ajoute une réalité environnementale souvent ignorée. Le numérique représentait 4,4% de l’empreinte carbone française et 11,3 % de la consommation électrique nationale en 2022. Les projections de l’Ademe évoquent une hausse potentielle de 80% d’ici 2050. La consommation énergétique des data centers a augmenté de 11% en un an, et leur consommation d’eau de 19% entre 2022 et 2023, avant même la généralisation massive des intelligences artificielles génératives.

Un enjeu démocratique sous-estimé

Le déficit de compétences numériques ne se limite pas à une question d’employabilité. Il touche à la capacité des individus à exercer pleinement leurs droits, à comprendre l’information, à participer au débat public et à interagir avec des institutions de plus en plus dématérialisées. L’illectronisme devient ainsi un enjeu éducatif, social, économique et démocratique.

Face à cette réalité, la simple exposition aux écrans ne suffit plus. La maîtrise du numérique suppose une véritable littératie structurée, intégrant les dimensions techniques, critiques, juridiques et environnementales. Tant que cette formation restera implicite ou accessoire, le mythe des digital natives continuera de masquer une fracture bien réelle, au cœur même des universités.

Fan de comics et de gadgets depuis tout petit, je bidouille tout ce qui me passe entre les mains.
Mes opinions n’engagent que moi.