Dimanche 24 Septembre 2017

Interview du responsable coordination et édition de Akata Editions

12/09/17
Guillaume Mathieu

Dans le cadre de notre dossier sur les éditeurs français de Mangas, nous avons eu la chance d’échanger avec Bruno Pham, le responsable coordination et éditions de Akata Editions. 11eme du classement des éditeurs français en 2016, cet éditeur a accepté de répondre à nos questions. En attendant que l’article centré sur AKATA sorte.

Interview du responsable coordination et édition de Akata Editions

Il faut avouer que lorsque nous avons posé plusieurs questions à AKATA mi juin, tous les éditeurs de mangas étaient en pleine préparation de la Japan Expo. Et Bruno Pham a accepté d’y répondre et a repris directement contact avec nous en s’excusant du retard, ce qui est très sympathique. Passons des maintenant à l’interview :

Quels sont vos 3 meilleurs ventes ?

Notre plus gros succès est de très loin la série « orange ». Le tome 1 a dépassé les 30 000 exemplaires vendus. Et ça continue ! Même s’il date de 2014, il s’impose encore dans notre top 10 des meilleures ventes.
Sur la totalité de la série, nous en sommes à plus de 125 000 exemplaires vendus. Entre l’arrivée de la série de romans, mais aussi du tome 6 en début d’année prochaine, « orange », va continue à faire parler pendant longtemps.

Interview du responsable coordination et édition de Akata Editions
Sinon, « Magical Girl of the End » est également un de nos succès historiques. Le tome 1 est à plus de 15 000 exemplaires, et comme la série est longue (14 tomes à ce jour), en volume, ça représente beaucoup si on additionne tous les tomes. Mais la réalité, c’est que ce titre va prochainement être détrôné par nos deux nouveaux gros succès : « Le mari de mon frère » et « Perfect World », dont les ventes des tomes 1 ont atteint 10 000 exemplaires (chacun !!) en moins d’un an.

Quel est votre manga phare ?

Notre série la plus longue à ce jour est « Prisonnier Riku », avec 23 tomes publiés en français, et 34 au Japon.
C’est un shônen manga qui se déroule dans un futur proche. Une météorite s’est écrasée sur Tokyo, créant un bidonville. Riku, le jeune héros de l’histoire, va être incarcéré en prison, alors qu’il est innocent, et à des grosses tendances non-violentes. C’est l’histoire de son évasion, mais aussi d’injustice sociale et de rébellion.

Interview du responsable coordination et édition de Akata Editions
Ce n’est peut-être pas un gros hit, en terme de ventes, mais les gens qui le lisent sont unanimes : c’est un véritable chef d’oeuvre, qui en plus devient de mieux en mieux, de tome en tome. C’est rare, les shônen mangas, qui durent aussi longtemps tout en réussissant à maintenir un niveau aussi élevé. En tout cas, le lectorat est ultra-fidèle, et grâce à son « activisme », des nouveaux lecteurs curieux arrivent tous les mois. En ce moment, la publication française atteint la fin de la première partie de l’histoire, c’est vraiment l’occasion parfaite pour se lancer dans l’aventure !

Quel est le manga nouveauté que vous aimeriez faire connaitre ?

Pour cette saison, notre grosse série de la rentrée est « World War Demons ». Ce manga très surprenant a été pré-publié sur le site Ura Sunday. C’est le même site qui, par exemple, a donné naissance à « Mob Psycho 100 ».

Interview du responsable coordination et édition de Akata Editions
L’arrivée du numérique au Japon a permis aux éditeurs de tester des choses assez audacieuses, et le site Ura Sunday a été un vrai avant-gardiste dans cette tendance. Pour en revenir à « World War Demons », c’est un shônen qui questionne sur les limites du genre, tout en montrant des personnages et des situations très sombres, qui cristallisent tout le malêtre des sociétés modernes : une jeune fille qui se fait violer par son oncle, une lycéenne nymphomane, un jeune qui enchaîne les boulots précaires, un militaire traumatisé par la guerre en Irak… Ce sont ces personnages-là, qui vont devoir sauver le monde. Mais à quel prix ? Au début, le dessin est encore très jeune, mais l’auteur fait preuve d’une mise en scène assez folle. Et puis, très vite, son style graphique évolue, et ça devient vraiment époustouflant par la suite, avec des révélations de tome en tome (on n’en dira pas plus pour ne pas spoiler). La conclusion du manga est d’ailleurs très surprenante…
Ce titre rejoindra évidemment notre collection WTF?!, véritable laboratoire éditorial, autant dans les thématiques que dans les partis-pris graphiques.

Quand avez vous été fondé ?

L’entreprise existe depuis 2001. Au début, nous gérions la collection manga des Éditions Delcourt.
Mais nous avons pris notre indépendance depuis 2014. Ca nous a permis de retrouver une liberté de ton et de ligne éditoriale qu’il est parfois difficile d’avoir, au sein de grosses structures.

Combien avez vous de manga dans votre catalogue?

Depuis que nous avons repris notre indépendance, nous avons publié presque 200 ouvrages. On a commencé tranquillement, pour monter nos sorties mensuelles autour de 6 par mois. Notre volonté est de stabiliser dans ce nombre mensuel, pour défendre chaque titre et proposer un travail de qualité.  C’est forcément compliqué de trouver un juste équilibre, entre les suites de séries et les nouveautés. Du coup, on essaie souvent de privilégier des séries assez courtes… Bon, il y a des exceptions, comme Prisonnier Riku, parce que c’était un gros coup de coeur, où quand une série n’est pas encore finie au Japon.

En fait, c’est assez dingue de voir le travail réalisé en même pas cinq ans… On est vraiment une micro-équipe, on travaille sans jamais s’arrêter. Mais les lecteurs, les journalistes, les éditeurs japonais, les libraires… Tout le monde nous a montré beaucoup de confiance, quand on s’est lancés en indépendants. Ca fait vraiment plaisir. Mais ça met une curieuse pression : il ne faut pas décevoir, et ça, c’est toujours un peu angoissant !

Qu’appelez vous votre section wtf?

Notre label WTF?!  est un label qui nous permet de beaucoup nous amuser, tout en repoussant les limites de l’éditorial. Si on réfléchit à ce qui signifie l’expression « WTF?! », c’est très large, en fait. Donc, il y a des choses titres variées. Le label a été inauguré avec « Magical Girl of the End », qui détournait une figure de l’imagerie pop japonaise, pour en faire quelque chose de gore et outrancier. Les titres suivants étaient aussi très « gores » : « Le geek, sa blonde et l’assassin », puis « Ladyboy vs Yakuzas, l’île du désespoir ».

Interview du responsable coordination et édition de Akata Editions

Du coup, les gens ont tout de suite imaginé que la collection WTF?! serait forcément dans cette orientation-là. Mais… l’expression « WTF?! » n’est-elle pas beaucoup plus large ? Au final, c’est un mélange assez hétéroclite, qui propose des récits « no limit », mais aussi à l’humour acerbe, et qui souvent se moquent et détournent des genres à succès. En même temps, beaucoup de récits de la collection WTF?! portent un regard très perçant sur les comportements humains. En fait, derrière des pitch improbables se cachent souvent des œuvres profondément (mais bizarrement) sociales. C’est tout l’intérêt. Soit on regarde la société, soit on regarde l’être humain, soit on regarde « l’éditorial ». La « moquerie » y est rarement complètement gratuite. En même temps, c’est un laboratoire graphique et éditorial, qui repousse les limites de ce qui est publiable en français. D’une certaine manière, ça va complètement contre la censure… et même l’auto-censure. Au final, c’est très « humour noir » à la japonaise (avec différents degrés dans le « trash »).

Quels genres de mangas vendez vous?

Dans le fond, on ne s’interdit aucun genre. Mais si on doit résumer en gros nos gros axes éditoriaux… Il y a bien évidemment le label WTF?!. A côté de ça, nous sommes vraiment spécialisés sur les « shôjo mangas », ce qu’on a tendance à résumer en « histoire d’amour / romance », mais c’est une catégorie très riche, au Japon. On essaie de montrer que l’éditorial « shôjo », au Japon, est riche, avec de la science-fiction, du polar, de l’humour… On avance pas à pas, mais on a bien l’intention de continuer à surprendre, sur ce secteur. L’année prochaine, en 2017, on aura d’ailleurs beaucoup de shôjo avec des personnages adultes.
Sinon, nous sommes aussi connus pour publier de nombreux mangas sur l’écologie, qui regardent les sociétés modernes, avec des grandes thématiques : la tolérance, la guerre, la société des apparences, le nucléaire, la décroissance… En fait, pour résumer, on pourrait dire que c’est « l’humain » qui est au centre de nos titres (shônen, shôjo ou seinen… d’une certaine manière, c’est aussi ce qui transpire du label WTF?!).

Avez vous une anecdote surprenante à nous faire partager ?

Notre structure est basée dans un petit village du Limousin, avec moins de 500 habitants. Du coup, on ne travaille vraiment pas dans le même cadre que nos autres collègues éditeurs de manga. On a des contraintes différentes, mais des avantages différents… Par exemple, comme nous n’avons pas la fibre optique, c’est plutôt long d’envoyer un livre à l’imprimeur. Il faut qu’on prévoit ça. L’autre jour, d’ailleurs, il y a eu un arbre tombé sur une ligne électrique, et du coup, près de 10H sans électricité dans tout le village. Du coup, nous avons été au chômage technique…

Merci Mr Pham d’avoir pris le temps de répondre à nos questions.

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